Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 11:09

Mardi 3 décembre 1940

Pas de RAF

Nuit froide et brumeuse. Givrage ?

Repas ordinaires.

Aujourd’hui j’ai ajouté à mon poêle un four de briques qui nous permet de tenir nos aliments au chaud. Il paraît que je suis un débrouillage et l’homme à tout faire de la chambre, une « perle » quoi ! Ah, ils me font tous rire.

Mercredi 4 décembre 1940

Pas de RAF, repas, ordres. RAS

Jeudi 5 décembre 1940 

Idem

Vendredi 6 décembre 1940

Idem

Offensives contre nos poêles. Nous avons reçu l’ordre de les enlever. Nous décidons le contraire.

Samedi 7 décembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres.

Nous faisons du chocolat à l’eau. Quel délice ! nous avons conservé le poêle.

Dimanche 8 décembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres.

Il pleut mais il fait froid. Nous devions écrire une carte aujourd’hui mais on a oublié de nous la donner.

Lundi 9 décembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Visite pour les poêles. Le nôtre a disparu rapidement mais réapparu aussi vite et nous avons mangé chaud tout de même. Nous avons tout de même nos cartes que nous écrivons. Les Italiens sont entrain de se faire cogner la figure par les Grecs. Bientôt les Allemands devront aller à leur secours.

Mardi 10 décembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres.

Nouvelle visite pour les poêles. Cette fois, il faut les enlever. Bref on se débrouillera quand même. Cet après midi, j’ai transformé le grand poêle allemand et nous continuons notre cuisine. C’est l’essentiel.

Mercredi 11 décembre 1940

Revisites des poêles. L’officier allemand a regardé ma transformation, il a haussé les épaules et dit en allemand :  « Il n’y a rien à faire, ils connaissent tous les trucs ! ». puis il a souri et ajouté. Comment ces gens là ont-ils pu perdre la guerre ?

Reçu une carte du 17 novembre. Tout va bien ! ma femme ne donne toujours aucun détail. Ah ! alors ! Quelle froussarde. Moi qui voudrais tant savoir. Les autres reçoivent de longues lettres et moi de pauvres petites cartes. Enfin, patience. Du fait des nouvelles que j’ai apprises, je vois que ma femme s’est trouvée en pleine bataille à La Charité où le 85ème s’est bien battu. Mon Dieu, ce qu’elle a du avoir peur.

Jeudi 12 décembre 1940

Pas de RAF, repas, ordres.

La captivité commence à peser lourdement. Je voudrais bien revoir ma famille, j’ai souvent le cafard et suis sans courage.

Deux lettres de Louis et Jeanne.

Vendredi 13 décembre 1940

RAF, hier soir. Petite alerte.

Repas, ordres. RAS.

Samedi 14 décembre 1940

RAF. Deux alertes.

Repas ordres.

Nous préparons un arbre de Noël pour soldats. Nous donnons ce que nous pouvons pour eux. Le bruit court depuis quelques jours de la libération de 400 000 prisonniers dont les anciens combattants, les pères de quatre enfants et les blessés moyens et les soutiens de famille.

Dimanche 15 Décembre 1940

RAF. Repas, ordres.

Bognon m’annonce un colis de 5 kg que ma femme ne m’a pas annoncé.

Lundi 16 décembre 1940

RAF toute la nuit. Ça a cogné ferme.

Repas, ordres.

Reçu colis de 5 kg du 2 décembre. Une boite de cassoulet, une de pâté, une de confiture, une de beurre (excellent), un pain d’épice, un kaki (TB), un tablette chocolat, quatre oranges (délicieuses) ½ livre de sucre (à demi fondu), une paire de pantoufles (TB), trois crèmes de gruyère, un sablé, un pain (comme s’il était fait de la veille) du gâteau. Ma chère petite femme m’a gâté. Depuis quelques jours, les colis arrivent à une cadence accélérée. Nos provisions s’accumulent dans l’armoire qui devient une petite épicerie. Nous aurons de quoi faire un bon Noël. Si nous avions des œufs nous pourrions même faire d’excellents gâteaux. Je veux quand même essayer une crème au chocolat.

Il gèle dur (- 16°). Pas froid dans nos chambres. Aujourd’hui, visite d’un médecin général.

Mardi 17 décembre 1940

Hier, j’ai écrit une lettre.

Pas de RAF.

Les Lorrains ont été libérés. Les médecins le seront bientôt.

Repas, ordres.

Reçu deux colis. Louis et Jeanne. 1 kg chacun et en très bon état.

Mercredi 18 décembre 1940

Pas de RAF.

Révolution dans le camp. Un officier s’est évadé. Comme il y a de la neige et que les Allemands ne voient pas de traces de pas, ils ne croient pas à son évasion, le croyant caché dans un coin du camp. Ils fouillent  tout. RAS.

Repas, ordres.

Jeudi 19 décembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Toujours de la neigne.

Une lettre du 25 novembre.

Vendredi 20 décembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres.

Nous établissons propositions de récompenses pour actions d’éclats. On nous accorde autorisation pour réveillon et messe de minuit.

Samedi 21 décembre 1940

RAF. Bombardements.

Il fait – 15°. Toujours de la neige. Repas, ordres.

Il fait jour le matin à 8 heures 45 et la nuit arrive à 17 heures 30.

Dimanche 22 décembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Toujours froid, de plus en plus fort (-16°). Nous faisons du chocolat. C’est aux appels dehors que nous avons le plus froid. Préparons le réveillon.

Lundi 23 décembre 1940

Repas, ordres. Pas de RAF

 Mardi 24 décembre 1940

Repas, ordres.

Nous préparons le réveillon grâce aux colis. Le mien sera le suivant : saucisson de Lyon, salade de museau, thon, langouste, crevettes au naturel, pâté de foie truffé du Périgord, noix de jambon au beurre, poulet en gelée, gâteau de riz au chocolat, macédoine de fruits au sirop, ananas au sirop, fraises au sirop, cake aux amandes, gâteaux variés, dates confites, nougat, crème de marrons, pâte de fruits, confiseries, cigares, café, vin de la Moselle. C’est du luxe. Pourquoi faut-il que nous soyons séparés de nos familles et en captivité. Notre gaieté car il y en aura un peu, sera bien factice. Notre cœur sera loin de cette petite fête.

Deux heures du matin, notre réveillon a été très bien, nous nous sommes efforcés à la gaieté sans y parvenir. Nous chantons. Toutefois, en plein milieu du repas, j’ai bien failli en songeant que l’an dernier à la même heure j’étais auprès de ma chère petite femme et de mes deux chérubins.

Nous avons été ensuite à la messe de minuit dans le couloir de notre baraque (dite par un camarade) sûrement que ma chérie a passé un triste Noël. Sans doute a-t-elle aussi pensé à celui de l’an dernier.

Mercredi 25 décembre 1940

Nous escomptons une amélioration des repas aujourd’hui, si petite soit-elle. Non rien.

Repas, ordres.

Ah ! Les Allemands !

Nous avons fait ce soir un plat de bœuf conserve aux carottes. Délicieux. On aurait cru manger de la viande fraîche. C’est la première fois que nous en mangeons depuis le 25 mai. Cela nous a paru une friandise. Il en reste encore quelques boites que nous mangerons au 1er janvier.

Jeudi 26 décembre 1940

Pas de RAF.

Neige et froid.

Repas, ordres. Je suis mal en point aujourd’hui.

Vendredi 27 décembre 1940

Pas de RAF.

Dégel, verglas, repas, ordres

Samedi 28 décembre 1940

Pas de RAF. Verglas,

Repas, ordres

Dimanche 29 décembre 1940

Pas de RAF. Dégel complet, boue, repas, ordres.

Visite du Lieutenant Colonel François de la mission « Scapini » qui nous dit que cette commission n’a pas encore commencé ses travaux. Pas de libération maintenant. Nous n’écrions que deux lettres et deux cartes par mois avec coupons de réponse pour nos parents. Nous ne recevons donc que deux lettres et deux cartes par mois. C’est bien peu.

Lundi 30 décembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres. J’ai 39 ans.

Mardi 31 décembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Il gèle fort.
 

 

 

Par Carnets de guerre
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