Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 09:45

Vendredi 1 novembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Reçu six lettres aujourd’hui (de ma femme) des 5, 19, 22, 24, 26 et 29 août, et 3 octobre. Dans cette dernière, elle me dit rentrer des Libosses avec Louis et y avoir trouvé nos parents en bonne santé. Je suis content de cela mais ne me cache t’on rien. Cela me paraît un peu extraordinaire cette visite imprévue du frère et de la sœur. Pourtant cette invitation pour Noël me rassure un peu. Elle me parle de Lorcelle qui n’a pas donné de ses nouvelles. Pauvre garçon, j’ai bien peur qu’il soit mort car ses camarades m’avaient dit qu’il avait été très gravement blessé et qu’il ne bougeait plus quand ils ont été fait prisonniers. Elle me dit aussi que Louis Géraud serait à l’Oflag XB. Cela est très possible mais alors il serait au camp de soldats. Ce serait la cause que je ne l’ais pas encore vu. Je vais tâcher de savoir et le demander comme ordonnance. Il serait plus heureux et pourrait écrire comme nous.

Samedi 2 novembre 1940

RAF cette nuit.

Repas, ordres.

Reçu six lettres aujourd’hui. Une de Mme Livet du 31 août, une des Libosses du 12 septembre, quatre de ma femme des 13, 30, 30/9 et 7/10. Ma femme m’annonce enfin une chose que je craignais : le pillage de notre maison. Cela m’a donné un grand cafard toute la journée. Linge volé et certainement meubles brisés peut être. Enfin quelques milliers de francs de pertes et tout cela à cause de la guerre et de gens dont la conscience est trop élastique. Sans doute nos bicyclettes ont disparu aussi ! Enfin j’aime mieux cela que la mort des miens et puisqu’il faut on reconstruira tout ce bien-être indispensable. Il nous reste nos deux bras et la santé ; le bien le plus précieux. Mais encore une fois, bon Dieu que cela fait mal au cœur. Pauvre chérie. Pourquoi me l’as-tu caché si longtemps. Je t’aurais déjà dit de porter plainte contre le propriétaire de l’adresse trouvée et ensuite t’aurais conseillée. Je te pardonne ma chérie car tu as dû être bien malade moralement de toutes ces choses. Tu as du verses bien des larmes. Va ! Je te consolerai de tout cela. Si seulement je connaissais la liste de tout ce qui a été détruit ou a disparu. J’ai quelqu’un ici qui peut m’être d’un grand secours. Je vois que Monsieur et Madame Bouille ont été bien gentils pour ma femme, je leur en suis très reconnaissant. Dire que tout cela est la faut de ceux, petits et grands, qui ont méconnu leur devoir. Ah ! Hitler avait bien raison de dire que la France est pourrie.

Mon fils a passé son examen le 26 octobre. Certainement il aura échoué car je pressens bien qu’avec tous ces évènements il n’a rien fait de bon. Il fera encore un raté à cause de cette sale guerre. Si j’avais été à la maison, je l’aurais bien forcé à travailler et il aurait été reçu. Il sait ce que je lui ai promis. Il sera puni mais tant pis. J’estime que cette punition est nécessaire à son avenir. Cela lui mettra du plomb dans la tête et lui fera voir que l’existence   n’est qu’une lutte âpre pour la vie. Il comprendra qu’il faut travailler pour être à l’abri de la menace de la misère. Moi-même à mon âge, je travaille bien encore à étudier. Je suis de nombreux cours et conférences et pourtant rien ne m’y force. Enfin espérons quand même. Il a du ressort, exemple son certificat. Enfin la lettre du 30 me rassure quant à sa visite à nos parents.

Dimanche 3 novembre 1940

RAF cette nuit.

Repas, ordres (pour le soir un cornichon, sucre grâce au colis, nous ne mourrons pas de faim).

Lundi 4 novembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Une lettre de ma femme qui m’annonce la visite du commandant Dufrenne et les dons de madame Dufrenne ainsi que celui de son mari. Ces gestes me font un grand plaisir et je leur en suis très reconnaissant. Mais ce qui me fait le plus plaisir c’est qu’il a deux enfants qui pourraient être fiers de leur papa. S’il savait comment je me suis battu, il serait encore plus content de moi.

Puis trois cartes et une lettre encore l’après midi dont une du 18 octobre. Enfin voici des nouvelles de dates fraiches car celles de ces jours derniers étaient d’Août et Septembre.

Toujours pas reçu de colis de septembre. Hier j’ai reçu une lettre des Libosses.

Mardi 5 novembre 1940

RAF cette nuit. Repas ordres. RAS

Mercredi 6 novembre 1940

RAF cette nuit.

Repas, ordres.

J’ai reçu deux lettres de ma femme dans lesquelles elle m’annonce que ma cantine a été pillée aussi. Enfin nous verrons à nous remonter plus tard.

Dimanche, nous avons fait du café avec un envoi de colis. Quel plaisir et quel contraste comme café avec celui qu’on nous sert généreusement ici et qui n’a de café que le nom. Je n’en avais pas bu depuis le 16 mai. Quel régal !

En ce moment, je m’amuse à faire le plan d’une maison comme je la désirerais mais cela est bien présomptueux et je ne l’aurai probablement jamais. Qui sait après tout.

Reçu colis N° 2 en bon état. Un caleçon, 125 gr de chocolat, 3 mouchoirs, une paire de chaussettes, 1 boite de sardines, une flanelle.

Jeudi 7 novembre 1940

RAF cette nuit.

Repas, ordres. Celui de midi pris à 16 heures et pas cuit. RAS.

Vendredi 8 novembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres. RAS.

Samedi 9 novembre 1940

Idem.

Une lettre de ma femme de Nevers pour examen de Roland.

Un colis pour lundi.

Réunion.

Dimanche 10 novembre 1940

Pas de RAF. Repas, ordres.

Gamelle aux rutabagas. Bien meilleure que la gamelle au son que je ne peux plus encaisser.

Réunion.

Lundi 11 novembre 1940

RAF hier soir.

Reçu colis, madeleines, pain d’épice, 2 boites de conserve.

Repas, ordres. RAS.

Mardi 12 novembre 1940

Pas de RAF.

Repas, ordres.

Une lettre de Louis du 11 octobre 1940. Il me rassure sur le sort de Jeanne et des enfants.

Mercredi 13 novembre 1940

RAF. Deux alertes.

Repas, ordres.

Visite des délégués de la Croix rouge. Ils nous disent que les sanitaires et aumôniers seront probablement libérés fin décembre début janvier. Ensuite les réservistes par classes et charges de famille. Puis l’active de la même façon. Le tout dans le 1er semestre 1941. Je ne m’attends pas à être libéré avant mai ou juin prochain.

Jeudi 14 novembre 1940

RAF toute la nuit malgré la tempête. Quatre alertes et pourtant quel temps. Il a fait une tempête terrible ce matin. Elle a emporté la moitié des toits du camp. Celui de la prison en particulier. Les prisonniers étaient contents car on a du les lâcher. Ils étaient une trentaine et je crois que les Allemands ne se gênent pas pour punir.

Repas, ordres.

Mon poêle fonctionne toujours très bien. Aujourd’hui, j’ai assisté à un spectacle que l’on ne voyait pas souvent dans l’armée française et que l’on n’aurait même pas pu obtenir. Autour du camp, il y a un pré dans lequel passe un petit ruisseau débordé actuellement. Le pré est inondé d’eau. J’ai vu la dedans les jeunes soldats allemands à l’exercice en treillis blancs, ils se couchaient au commandement et s’exerçaient à lancer la grenade dans ce terrain plein d’eau. Cela dura bien 20 minutes pendant lesquelles ils se couchaient sans hésitation au commandement. Ils étaient trempés jusqu’aux os et certainement transis. Aurait-on pu obtenir cela en France avec la politique de la « boite à coton » ? Non. 10 fois non et cependant le soldat à la guerre se trouve dans de semblables postures ne serait-ce que par la pluie qui tombe.

 

 

Par Carnets de guerre
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés