Partager l'article ! du 17 au 31 octobre 1940: Jeudi 17 octobre 1940 RAF toute la nuit. Ça a bardé sur Hanovre. Repas, ordres. Soupe aux pieds d ...
Jeudi 17 octobre 1940
RAF toute la nuit. Ça a bardé sur Hanovre.
Repas, ordres. Soupe aux pieds de porc et tête, très bonne. C’est la première fois ! Des nouvelles du Poitou signalent que des prisonniers valides internés en Allemagne seraient libérés. Le bruit court que nous serions tous libérés entre le 15 novembre et le 25 février 1941. Si cela pouvait être vrai. Reçu une lettre du 3 septembre de ma femme. Toujours pas de colis. La paire de sabots que j’ai achetée me blesse sur les coups de pied.
Vendredi 18 octobre 1940
RAF cette nuit.
Repas, ordres.
Un vent d’optimisme souffle sur les prisonniers (libération). Un camarade avait un frère médecin Lieutenant prisonnier en Allemagne qui est libéré actuellement.
Samedi 19 octobre 1940
RAF cette nuit.
Fouille dans la baraque, chambre III. Les Allemands n’ont rien trouvé. J’ai tremblé un peu que ce fut dans notre chambre. J’avais caché ce carnet dehors entre le volet et le mur car s’il tombait entre leurs mains, je pourrais bien aller au petit cabanon. J’ai tremblé aussi pour mes vivres de réserve car je n’ai pas fait cette réserve pour me la faire prendre. Il se pourrait que j’en ais besoin car nous ne sommes pas encore libérés.
Dimanche 20 octobre 1940
Pas de RAF.
Repas, ordres.
Le bruit persiste de notre libération. Je le souhaite. J’ai fait un jeu de dames. J’ai une carte aujourd’hui. Toujours pas de colis alors que tus les autres en ont parfois plusieurs à la fois. Pourquoi n’en ai-je pas ? L’expédition est-elle interdite à Cosne. Ma petite femme ne me laisserait pas sans colis. Cela devient gênant à la fois car je reçois toujours sans pouvoir rendre.
Lundi 21 octobre 1940
RAF cette nuit. Repas, ordres.
J’ai eu froid hier. Je suis souffrant. Je reste au lit toute la journée.
Mardi 22 octobre 1940
Me voilà sur pieds. Ça va. 10 heures, on vient me dire que j’ai un colis. C’est Daka. Ah quelle joie. Enfin le 1er. Qu’y a-t-il dedans. Je voudrais être à 15 heures pour savoir. 15 heures, je vais le chercher. Saucisson, chocolat, fromage, sucre, pain d’épice. Il est bien complet et vient par madame Livet. C’est de ma femme. Pauvre chérie. Peut-être se prive-t-elle pour moi ? Enfin j’espère que non ! Si cela devait être, j’en serais mortifié et je voudrais qu’elle ne m’en envoie plus. Mon Dieu ce qu’il m’a fait plaisir, presque autant que la première lettre. Je me doutais bien que ma chérie ne pouvait pas m’en expédier.
Pas de RAF.
Repas ordres.
J’ai assisté à un concert music hall ce soir. TB. Ouverture du Barbier de Séville, le Boléro, la fille au tambour major, les deux grenadiers, par un orchestre vraiment à la hauteur. On se serait cru salle Pleyel. Des chansonniers nous ont bien amusés avec toutes sortes de calembours et chansons sur notre vie au camp. Les officiers allemands y assistaient. Ils ont du parfois rechigner un peu mais ils ont fait un beau geste et ont supprimé l’appel du soir quand même.
Mercredi 23 octobre 1940
Pas de RAF.
Repas, ordres.
Deux lettres de ma femme des 14 et 15 septembre. Plus d’un mois. Je suis heureux qu’elle touche la délégation. Cela me tranquillise de ce côté. Je suis un peu embêté que Michel ait des furoncles. Ce n’est pas grave mais cela fait souffrir et cela va le retarder à l’école. Depuis quelques jours, nous vivons bien grâce à de nombreux colis et aussi aux achats de légumes verts de la cantine (choux, carottes, céleri, oignons, navets, radis noirs) car l’ordinaire est toujours le même.
Le bruit court que les anciens combattants de la guerre 14/18 seraient tous libérés pour le 1er janvier, ceux de réserve après et en tout dernier lieu les O.A. et les 4 dernières classes (les plus jeunes). Je ne compte donc pas notre libération avant le 1er mars.
Jeudi 24 octobre 1940
RAF toute la nuit.
Repas, ordres.
Pour la 1ère fois, gamelle au rutabaga. Bon mais peu nourrissant. Pour la 1ère fois aussi, j’ai des nouvelles relativement fraîches (un mois du 24/9).
Je suis heureux que Vallade soit en bonne santé et dans le midi. Quant à Trichet je lui réserve un petit chien de ma chienne.
Vendredi 25 octobre 1940
RAF cette nuit (bombardement). Quatre alertes.
Repas, ordres. Soupe au rutabaga. TB. Bien meilleure que la soupe au son (soja) mais trop claire.
Samedi 26 octobre 1940
RAF toute la nuit. Beaucoup de bombes. Ça a bardé. La DCA est entrée en action au moins 10 fois dans la nuit ? Aujourd’hui, j’ai fait un poêle avec deux seaux à confiture de 10 kgs et deux boites de conserve comme tuyau. La grille est celle du véritable poêle de notre chambre qui est énorme et mange notre ration journalière de chauffage en deux heures. Je n’étais pas très rassuré sur le fonctionnement de mon invention. Mais Oh bonheur ! il marche à la perfection, ne consomme que peu et chauffe la pièce d’une façon satisfaisante.
Dimanche 27 octobre 1940
RAF cette nuit encore. (Bombes, DCA) un vrai bal de Satan.
Aujourd’hui, j’ai décidé de mettre mon poêle à l’épreuve pour faire la cuisine pour tous (18). Ça a fonctionné d’une façon parfaite et la soupe était excellente. Nous avons fait à manger tout en nous chauffant. C’est un succès dont tous sont contents et moi, très fier. Aussi les chambres voisines se précipitèrent pour copier le modèle et tout le monde fait ses poêles.
Lundi 28 octobre 1940
RAF cette nuit. Violents bombardements.
Repas, ordres.
J’ai fait une excellente potée de légumes aujourd’hui.
Mardi 29 octobre 1940
RAF cette nuit. Deux alertes seulement de 9 h à 11 heures.
Repas, ordres.
On apprend la rencontre Hitler – Pétain. Bruits de guerre en Grèce.
Mercredi 30 octobre 1940
RAF cette nuit. Ça a cogné dur de 8 heures 30 à 24 heures puis sur le matin.
Repas, ordres.
J’ai fait une TB purée sans lait, sans beurre, au lard et à la graisse seulement et aux oignons. Ce matin, il y avait de la neige. Pas beaucoup ; d’ailleurs disparue à 10 heures. Il ne fait pas chaud.
Jeudi 31 OCTOBRE 1940
Pas de RAF.
Repas, ordres. Gamelle aux p de terre pas cuites.
J’ai reçu une longue lettre du Colonel Dufrenne qui m’a fait un grand plaisir par sa cordialité. Quel brave homme ! je suis très content qu’il ait été voir ma femme, cela l’aura réconfortée. Je le plains de ce que son fils a été si grièvement blessé. Madame Dufrenne a du être bien peinée aussi. Il me parle d’un petit Lieutenant du 13ème qui était avec lui mais je ne vois pas bien lequel. Sur les trois, l’un a été blessé grièvement, les deux autres assez gravement. Je n’en ai eu aucune nouvelle. Un camarade du 13ème De Vogué, prisonnier ici, m’a affirmé aujourd’hui que les chars allemands n’étaient arrivés à Bouzy que vers 17 heures 30 le 18 mai. Cela confirme bien mon rapport dans lequel je signale que j’ai du les laisser passer vers 16 heures. Le commandant me parle aussi de Fournès. Oui, c’était un chic type et un brave par-dessus le marché qui mérite la médaille militaire. Je serai comblé si je puis la lui faire obtenir en rentrant. J’ai reçu aussi deux lettres de ma femme des 8 et 9 août. Quel retard.
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